Les perspectives nouvelles liées à cette appellation qualitative ont mécaniquement conduit les vignerons à valoriser ces cépages nobles au détriment des autres, dès lors relégués au second plan. Le sylvaner, tout comme le chasselas, est alors devenu aux yeux de tous le cancre de la classe, le vilain petit cépage qui fait tache au milieu de ces nobles raisins. Des campagnes d'arrachage se sont ainsi succédées pour éliminer ces plants soudainement devenus indésirables. Et progressivement, toute l'Alsace a suivi le mouvement.

Toute l'Alsace ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Bas-Rhinois a toujours résisté aux envahisseurs. Son nom : Mittelbergheim.

Là, armés de leur potion magique, les vignerons ont poursuivi avec acharnement la promotion du sylvaner sur le Zotzenberg, un terroir qui lui est parfaitement adapté.

Si cette alliance est reconnue depuis des générations, elle a de fait été exclue par les textes régissant les conditions de l'appellation Grand Cru, lorsque celle-ci s'est appliquée aux 36 hectares de ce lieu-dit. Une véritable erreur historique qui a conduit certains vignerons à se mettre en résistance face à la toute puissance de l'INAO.

C'est ainsi qu'Albertz Seltz, Astérix local, s'est retrouvé au tribunal en 2000 après un contrôle de la répression des fraudes. Son délit : avoir mentionné " Sylvaner Zotzenberg " sur ses étiquettes, perpétuant ainsi une tradition familiale remontant à l'année 1922. Cette affaire, loin d'être anecdotique, aura permis non seulement de mettre sur la place publique cette inadéquation entre le texte juridique et la réalité oenologique, mais aussi de faire évoluer sa cause et celle de ses confrères.

Car l'heure n'est plus aux débats aujourd'hui, puisque après des années de lutte et de persévérance, l'appellation Grand Cru Zotzenberg s'applique au sylvaner depuis le 21 mars 2005. Une première au niveau mondial qui a incontestablement redonné un second souffle au sylvaner, et pas seulement à Mittelbergheim. Des vignerons, ici ou là, inspirés par cette reconnaissance, ont reconsidéré leur jugement sur ce cépage, en lui apportant des soins qu'ils ne lui avaient jamais réservés auparavant. La force de l'habitude est peut-être l'un des pires ennemis du vigneron.

Mais certains viticulteurs n'ont pas attendu cet événement historique sur le Zotzenberg pour s'intéresser au sylvaner et à son potentiel, pour peu que le terroir s'y prête et que les rendements soient faibles. Seppi Landmann, le trublion de Soulzmatt, produit, lorsque les conditions le permettent, du sylvaner en vin de glace. Etienne Simonis, à Ammerschwihr, expérimente quant à lui la surmaturation sur ce cépage depuis une petite dizaine d'années. Paul Blanck, à Kientzheim, s'est distingué à plusieurs reprises dans les guides et revues spécialisés avec son Sylvaner vieilles vignes. Trois exemples, parmi d'autres, qui démontrent que le cépage, qui a autrefois fait les beaux jours de l'Alsace avant de sombrer dans l'oubli, est en passe de retrouver une seconde jeunesse.
Le Sylvaner,
de l'ombre à la lumière

Premier cépage d'Alsace il y a à peine 40 ans, le sylvaner n'a cessé depuis de voir sa cote de popularité baisser, au point de ne représenter aujourd'hui qu'un peu plus de 10% de la production alsacienne.

Vin de comptoir par excellence, il était jadis servi sur tous les zincs de France et de Navarre et constituait l'archétype du blanc de table, léger, gouleyant, facile à boire et bon marché.

La date du 20 novembre 1975 aura marqué un véritable tournant dans la carrière de ce cépage à fort rendement. Le législateur venait alors de désigner le riesling, le pinot gris, le gewurztraminer et le muscat comme les seuls cépages à pouvoir bénéficier de l'appellation AOC Alsace Grand Cru.




   
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A la une du mois de mars 2007