Riesling du monde 2005 :
Les petits détails d'un grand concours

Alors que le concours Riesling du monde 2005 a rendu son verdict le 14 mars dernier en décernant cinq grandes médailles (voir news du 16 mars à la rubrique Quoi de 9 ?), 20dalsace.com vous propose de suivre le déroulement de cette 8e édition et de vous glisser dans la peau d'un juré. Ça tombe bien : 20dalsace.com en était !

9h45 : je suis installé à la table du jury n°8.

Trois producteurs alsaciens, un conseiller en vin allemand et le président de notre jury, un chimiste oenologue, sont à mes côtés.

Devant chacun d'entre nous, trois verres de dégustations INAO et un crachoir. Au pied de la table, une caisse de quatorze bouteilles numérotées au col et masquées au-dessous par un drap aux couleurs du concours.

Avant d'entamer la dégustation proprement dite, un vin de «mise en bouche» est proposé à chaque table. L'objectif est simple : il permet tout d'abord de nous accorder sur la qualité de ce vin étalon, lui-même commenté et jugé par Serge Dubs devant l'assemblée. Lorsque tout le monde a, à peu près, la «même heure à sa montre», le concours officiel peut commencer.
Chaque vin est servi en premier lieu au président du jury qui donne son aval pour poursuivre le service à table. Tous les jurés ont à leur disposition un nombre largement suffisant de fiches de notation sur lesquelles ils vont devoir cocher 10 cases parmi les 50 proposées.

Trois critères sont évalués : la vue (limpidité et aspect), l'odorat (franchise, intensité, qualité) et le goût (franchise, intensité, persistance et qualité), selon cinq degrés de valeur : insuffisant, satisfaisant, bon, très bon, excellent.

Le dégustateur est également appelé à juger le vin de manière globale et à évaluer son harmonie. A chaque case correspond une note : le goût est bien sûr le critère qui remporte le plus de points. Un vin parfait, c'est à dire excellent à tous les niveaux, obtient une note théorique de 100 points.

Mais plutôt que de faire de long discours, jetez un oeil à la fiche de notation du concours.

Depuis deux ans, les échanges sont possibles au sein de chaque jury et même recommandés lors de chaque dégustation.

Ils permettent de confronter les avis entre les différents jurés et de s'orienter sur une notation non pas commune, car chacun garde finalement son libre arbitre, mais dirigée dans le même sens. Assurément, le concours y gagne en cohérence.

A ce niveau, je m'aperçois de l'importance du rôle du président de jury. Il est fondamental dans un concours comme celui-ci. En véritable psychologue, il doit cerner très vite les gens qui sont autour de lui, évaluer leurs limites de compétences, leur comportement, leur éventuelle influence sur le groupe. La mise en bouche, qui donne le la du concours, ne permet pas seulement de définir un étalon, mais aussi d'amener les membres d'un même jury à se dévoiler aux yeux des autres en général et à ceux du président de jury en particulier.

Fort de qu'il aura pu entendre, voir et sentir, le président du jury aura plus de facilités à diriger ensuite les discussions qui entoureront le jugement d'un vin.

L'édition Riesling du monde 2005 s'achève ainsi. Dans une semaine, les résultats seront proclamés. En sortant du palais des congrès, je m'interroge sur le crédit que l'on peut apporter au futur palmarès. En prenant en compte le nombre de vins en compétition, le nombre de jurés et la procédure de dégustation, je me rends compte que le jugement d'une grande médaille d'or - et d'ailleurs de toutes les autres médailles - repose sur la note des membres d'un seul jury, soit six personnes. Voilà peut-être la limite de ce concours. On ne remettra bien sûr pas en cause l'organisation de cette manifestation - par ailleurs vraiment impeccable -, mais le nombre très élevé d'échantillons (569 vins étaient en lice) empêche toute dégustation croisée.

Cependant, on peut noter que les organisateurs tentent au maximum de minimiser cet inconvénient. Tout d'abord, les jurys sont éclectiques et chaque table intègre, si possible, un dégustateur étranger. On ne retrouvera jamais, par exemple dans le même jury, six producteurs alsaciens qui exploitent le même secteur. Les discussions collectives lors de chaque dégustation permettent également d'améliorer le jugement au niveau individuel.

Toutefois, il faudrait peut-être réfléchir sur les méthodes ou moyens qui pourraient être mis en oeuvre pour permettre des dégustations croisées sur les différentes tables, afin d'obtenir un nombre et une variété plus importants de jugements de dégustation sur un seul et même vin. L'idéal serait que chaque vin soit dégusté par deux jurys différents.

Mais comment y parvenir ? En augmentant le nombre de jurés, en augmentant le nombre de vins à déguster par juré ou en limitant le nombre de vins appelés à concourir ?

Dans le premier cas, il faudrait alors multiplier par deux le nombre de jurés pour permettre le «doublonnage» des dégustations, ce qui paraît difficile. Dans le second cas, il faudrait proposer trente vins à la dégustation, ce qui est impensable. Le troisième cas est également problématique : sur quels critères et sous quelles conditions éliminer des vins et n'en sélectionner qu'un nombre limité pour le concours ?

On l'aura compris, il ne semble pas y avoir de solutions miracles et peut-être faudrait-il agir sur les trois niveaux en même temps pour arriver finalement au but recherché.

A méditer...

 

Lorsque les quatorze vins ont été dégustés et notés, le président récupère l'ensemble des fiches et dépose son dossier aux côtés des autres, provenant des autres jurys. Au total, 1 000 fiches de notations issues d'une quarantaine de jurys sont à dépouiller. Les vins ayant été récompensés d'une grande médaille d'or sont ceux qui ont obtenu une note égale ou supérieure à 98/100.

A la fin du concours, je suis, comme tous les autres jurés, invité en dehors de la salle du concours à découvrir, dans tous les «sens » du terme, les 500 vins proposés au concours. Une étape que je veux bien avouer réjouissante.
A la salle des Contades, au palais des congrès de Strasbourg



   
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