Le double destin du chasselas

Lorsque l'on évoque les vins d'Alsace, on pense bien sûr au riesling, au gewurztraminer, au sylvaner, au tokay ou aux autres pinots. Mais il est un cépage, pourtant connu de tous, qui a quasiment disparu du vocabulaire en Alsace : le chasselas.

Présent au moins depuis le XVIIe siècle dans les vignobles de la vallée du Rhin, sa culture s'étendait alors, selon Jean-Louis Stoltz dans son Ampélographie des vins d'Alsace, de Bâle à Fribourg-en-Brisgau et de la Haute-Alsace jusqu'à Neudstat (Bavière rhénane). Au milieu du XVIIIe siècle, le chasselas commun occupait une grande place dans les vignes de la plaine de la Haardt. A Riquewihr, Ribeauvillé et Beblenheim, le chasselas croquant avait été préféré, mais il était cultivé en petite quantité. Dans le Bas-Rhin, on retrouvait le chasselas blanc surtout dans l'arrondissement de Strasbourg, à Molsheim, Marlenheim, Wolxheim et Saverne.

Aujourd'hui, le chasselas ne représente plus en Alsace qu'un petit % de la surface d'encépagement et son nom ne figure pratiquement plus dans les guides oenologiques.

Même le site Internet du Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa) ne cite plus ce cépage dans ses pages.

La qualité du vin donné par le fruit du chasselas, que sa variété soit blanche ou rouge, est depuis toujours considérée comme médiocre sous tous rapports. D'une faible acidité et d'une teneur alcoolique moyenne, le vin de chasselas s'avère "agréablement doucereux, mais peu spiritueux et peu durable". De ce fait, il était souvent mélangé à d'autres cépages, plus corsés, soit pour lui donner ce qui lui manque, soit au contraire pour réduire l'austérité de vins trop spiritueux.

Le raisin de chasselas présente néanmoins la qualité de se conserver sain et frais après détachement du cep. Il pouvait ainsi être utilisé à la confection de vins de paille, fort estimés de nos aïeux.
Aujourd'hui, les grappes vendangées ici ou là ne servent presque exclusivement qu'à la production d'edelzwicker, un vin d'assemblage d'ordinaire peu glorieux.

La tendance actuelle qui s'oriente vers une production de plus en plus qualitative ne plaide guère en la faveur d'un hypothétique renouveau du chasselas. Mais certains viticulteurs alsaciens, soucieux de préserver le patrimoine ampélographique de la région et convaincu du bien-fondé de la présence du chasselas aux côtés des autres cépages sur le sol alsacien, ont eu le courage de mettre en bouteilles des vins 100% chasselas, dont certains,valent assurément le détour.

C'est en tout cas le cas de ce chasselas vieilles vignes 2002 de Bernard Schoffit, proposé à 8.10 € (tarif octobre 2003), qui accompagnera parfaitement une entrée de charcuterie, une quiche lorraine et, selon plusieurs sources trouvées sur le Net, un feuilleté au crottin de chavignol.

La maison Dopff-au-Moulin a également remis le chasselas au goût du jour en 2000 en proposant à la vente sa propre cuvée.

Ces deux exemples restent évidemment anecdotiques et il paraît certain que le chasselas ne retrouvera jamais, si ce n'est ses lettres de noblesse, tout du moins la place significative qu'il occupa jadis.

La Suisse voue une véritable passion pour le chasselas.

Chaque année, la Coupe Chasselas consacre le meilleur producteur de l'année et un verre à chasselas a été spécialement créé par l'un des papes de la sculpture sur verre, l'Autrichien Georg Riedel.

En voie de disparition en Alsace, en explosion en Suisse, le chasselas n'a toujours pas dit son dernier mot.


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A la une du mois de septembre 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

Chez nos voisins suisses, la situation est radicalement différente. Le chasselas y est en effet le cépage le plus cultivé et couvre 40% des 15 000 hectares du vignoble suisse.

Ses arômes de pierre, son goût fruité, son aspect gouleyant et son côté perlant répondent assurément au goût d'une majorité de consommateurs helvètes. Du fait de la neutralité de son fruit, le chasselas exprimerait parfaitement la variété des terroirs de la Suisse romande.

Principalement dégusté en apéritif, le chasselas - que l'on nomme "Fendant" dans le Valois du fait que les baies se fendent sous la pression du pouce et de l'index lorsque la maturité est atteinte - accompagne également les fromages, et donc la fondue et la raclette.