A la tienne, Etienne !
Une interview imaginaire de la Confrérie Saint-Etienne

Chaque mois, vous retrouverez dans cette rubrique un nouveau reportage pour découvrir plus en avant un aspect connu ou méconnu du monde viticole alsacien (pour les reportages précédents, consultez nos archives).

Entre deux mises à jour, n'hésitez pas à visiter la rubrique "Quoi de 9 ?" qui vous informera régulièrement, sous forme de brèves, de l'actualité vigneronne .

Ce mois-ci, 20dalsace.com consacre son dossier à la Confrérie Saint-Etienne, l'une des plus anciennes confréries bachiques françaises.

20dalsace : Même si cela transgresse les règles de bienséance, puis-je vous demander votre âge ?

Confrérie Saint-Etienne : Ça commence mal, vous me devez déjà trois bouteilles.

20dalsace : Pardon ?
Confrérie  : Notre règlement, rédigé en 1561, stipule que « Tout comportement inconvenant ou indécent sera puni de l'amende de trois bouteilles ».

20dalsace : Allons-y pour trois bouteilles, mais vous avez tout de même plus ou moins répondu à ma question, non ?

Confrérie  : En fait, je suis l’héritière de la Herrenstubengesselschaft d’Ammerschwihr, une société de notables de ce petit village haut-rhinois qui avait pris pour habitude de se réunir autour d’un banquet le 26 décembre. Cette réunion annuelle a pris de plus en plus d’importance au fil du temps et c’est ainsi qu’est je suis née, du nom de ce martyr chrétien mort par lapidation et fêté le 26 décembre.
20dalsace : Je crois savoir que votre vie n’a pas été un long fleuve tranquille.

Confrérie : Je ne vous le fais pas dire. A partir de la Révolution française, j’ai commencé à décliner et je me suis même éteinte en 1848.

20dalsace : Par quel miracle doit-on votre résurrection ?

Confrérie : Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément en 1947, un petit groupe de viticulteurs, avec Joseph Dreyer à sa tête, m’a redonné goût à la vie. Depuis, je respire la santé, même si mon emploi du temps ne me laisse guère le temps de me reposer
20dalsace : Vous êtes donc surbookée ? 

Confrérie : Et comment ! Je dois préparer chaque année six chapitres solennels, organiser les séances de dégustation pour l’attribution de notre sigille et préparer nos ventes aux enchères,. Et je passe sur les travaux de rénovation du château de Kientzheim dans lequel je suis installé depuis 1973, qui demandent du temps et, bien sûr, de l’argent.

20dalsace : Pas si vite. C’est quoi cette histoire de « chapitres » ?

Confrérie : Un chapitre est une grande réunion, ouverte à tous, qui permet de festoyer entre Confrères et amis des vins d’Alsace. Janvier est le mois du chapitre solennel des vignerons, en juin, ceux de la vigne en fleur et de l’été, en septembre, ceux de l’automne et des vendanges et, en septembre, celui des métiers de bouche. Et je n’oublie pas les chapitres exceptionnels, organisés à la demande de particuliers ou d’entreprises.

20dalsace : Comment se déroule ces chapitres ?

Confrérie : Ce sont des soirées gastronomiques, où se succèdent des dégustations commentées et des épreuves viniques qui permettent d’accéder aux grades de Confrères et de Consoeurs. Mon Grand Conseil, en costume d’apparat, procède à cette occasion aux intronisations. Un repas réalisé par un grand chef alsacien et arrosé des vins portant mon sigille clôture la séance.

20dalsace : C’est quoi un « sigille » ?

Confrérie : C’est un label de qualité créé en 1957 que j’accorde trois fois par an sur la base de mes dégustations. Seules les bouteilles de mes membres sont susceptibles d’arborer le sceau rouge qui caractérise cette distinction. Chaque vin « sigillé » est autorisé à grossir le stock de mon oenothèque qui compte aujourd’hui plus de 60 000 bouteilles.
20dalsace : N’est-ce pas un peu sectaire de limiter le sigille à vos seuls membres ?

Confrérie : Sectaire ? Vous me traitez de sectaire l’année même où c’est une femme qui préside mes destinées ? Attention à vos propos, mon jeune ami, ça va faire trois bouteilles de plus !

20dalsace : Une femme, grand maître ? Moi qui croyais que ce grade n’était réservé qu’à la gent masculine.

Confrérie : J’avoue que je suis très fière de cette première. C’est une révolution historique ! En 1997, le Grand Maître Jean Meyer a ouvert les portes de mon Grand Conseil aux dames et douze ans plus tard, Cécile Bernhard-Reibel accède au grade suprême.

20dalsace
 : N’est-ce pas un peu là l’arbre qui cache la forêt ?

Confrérie
 : Et hop, trois bouteilles de plus pour moi, vous l’avez bien cherché ! Vous oubliez un peu vite que Colette Faller, Anne-Marie Schmitt et Evelyne Beydon-Schlumberger sont déjà au Grand Conseil et qu’Evelyne Dondelinger est la nouvelle Major du conseil des jeunes.

20dalsace
 : OK, OK, OK, j’ai rien dit. Mais dites-moi, je m’aperçois qu’il se passe toujours quelque chose chez vous les années en « 7 ». Vous ressuscitez en 1947, vous créez le sigille en 1957, vous acceptez les dames en 1997. Un projet pour 2017 ?

Confrérie
 : Allez savoir. En tout cas, ça ne sera pas l’année de ma retraite. Je compte bien faire encore parler de moi quelques siècles. Repassez me voir à ce moment là, on fêtera déjà mon 70e anniversaire de renaissance.

20dalsace
 : J’amènerai quelques bouteilles pour arroser ça !

Confrérie
 : Pas la peine. On ouvrira les six que vous me devez aujourd’hui…

Source : www.vinsalsace.com
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